Orgue virtuel : le principe

Avec les progrès des technologies de l’information, il est maintenant possible d’actionner en temps réel, c’est-à-dire avec une latence très faible de l’ordre de quelques millisecondes, des ensembles lourds et complexes d’échantillons sonores à partir de claviers communiquant par des signaux midi avec un ordinateur doté d’une mémoire vive suffisante pour contenir ces échantillons. On peut donc construire un orgue “virtuel”, en disposant d’un ensemble de claviers (et pédalier) midi, d’un ordinateur équipé d’une bonne carte son, d’un amplificateur et d’enceintes

Avec les progrès des technologies de l’information, il est maintenant possible d’actionner en temps réel, c’est-à-dire avec une latence très faible de l’ordre de quelques millisecondes, des ensembles lourds et complexes d’échantillons sonores à partir de claviers communiquant par des signaux midi avec un ordinateur doté d’une mémoire vive suffisante pour contenir ces échantillons. On peut donc construire un orgue “virtuel”, en disposant d’un ensemble de claviers (et pédalier) midi, d’un ordinateur équipé d’une bonne carte son, d’un amplificateur et d’enceintes.

Une étape importante a été franchie grâce au logiciel Hauptwerk développé au Royaume-Uni en 2005 par Martin Dyde et proposé par la firme Milan Digital Audio –https://www.milandigitalaudio.com/)]. Ce logiciel est capable de relier des enregistrements sonores effectués à partir d’orgues existants (une bibliothèque de plusieurs dizaines d’instruments est à l’heure actuelle disponible, la plupart ayant une grande valeur historique) aux signaux midi envoyés par une console midi (claviers et tirants de registres ou écrans tactiles). 

Le réalisme est époustouflant comme on peut s’en rendre compte sur la plateforme collaborative d’enregistrements Contrebombarde ou sur ce site. La version courante du logiciel, en 2018, est la version 4, qui existe dans une version de base et une version avancée (cette dernière permettant de gérer de façon très convaincante les plus gros instruments dans tous leurs détails et en quadriphonie, voire au-delà).L’idée n’est pas de substituer cette image virtuelle aux orgues existants, mais à la fois de donner aux organistes un moyen privilégié de travailler chez eux en profitant de ces instruments et, de façon plus générale, de “stocker” et faire mieux connaître et valoriser les grandes réalisations des facteurs d’orgue.

Plusieurs conditions sont cependant nécessaires :

  • Une grande qualité des échantillons sonores : les orgues sont enregistrés note par note et registre par registre, dans leur environnement (réverbération comprise). Chaque son fait l’objet d’un enregistrement de plusieurs secondes, de façon à ce que la boucle nécessaire pour fabriquer un son continu ne soit pas perceptible. Plusieurs producteurs d’échantillons de ce type sont sur le marché, parmi lesquels on trouve notamment Sonus Paradisi, du Tchèque Jiri ZurekOrganArt Media, du Professeur allemand Helmut Maier, et Digital Audio, du britannique Brett Milan.
  • La taille de la mémoire vive de l’ordinateur : pour un accès en temps réel, il faut en effet que l’ensemble des échantillons sonores correspondant à un instrument donné soit chargé en mémoire vive. Les orgues les plus importants actuellement disponibles nécessitent plusieurs gigaoctets ou dizaines de gigaoctets de mémoire vive, surtout lorsqu’ils sont disponibles en quadriphonie (un groupe de deux ensembles d’échantillons stéréo, enregistrés à des emplacements différents, ce qui donne plus de volume sonore au rendu).
  • La vitesse du processeur, qui conditionne la possibilité de jouer plusieurs notes sur plusieurs jeux (registres) simultanément (c’est la “polyphonie”). Une réverbération longue accroît le besoin de puissance du processeur. Les plus grands instruments nécessitent des processeurs à cœurs multiples.
  • La qualité des claviers midi utilisés. Plusieurs solutions sont possibles. Il me semble préférable de faire appel à un facteur d’orgues susceptible de fabriquer des claviers qui ressembleront à ceux des “vrais” instruments (par exemple, le facteur allemand Hoffrichter propose de tels ensembles, notamment pour le logiciel Hauptwerk. Evidemment, rien ne peut remplacer la qualité et la précision des meilleurs touchers mécaniques. Mais on peut aujourd’hui s’en approcher suffisamment pour vraiment apprécier cette solution virtuelle, quel que soit l’attachement que l’on puisse avoir pour les meilleures transmissions mécaniques. Encore une fois, la solution virtuelle n’a pas vocation à remplacer les réalisations de facteurs d’orgue.
  • En France, le logiciel hauptwerk et les consoles Hoffrichter sont distribuées par la société EMA-CDDVD établie par Marc Adamczewski, qui propose également différents types de consoles complètes pour hauptwerk, des ordinateurs spécialement équipés, et des installations sonores adaptées à la complexité et à la richesse de l’instrument.