Le 14 novembre 2007, par Pierre Jacquet,
La croissance de long terme ne dépend pas de l’inflation mais des facteurs de production disponibles (capital, main d’œuvre) et de leur productivité. La monnaie peut être un élément « facilitateur » mais pas créateur de croissance. Le vrai défi de l’Europe me semble être celui d’une faible croissance potentielle, à peine supérieure à 2 % l’an : dans ce contexte, toute accélération de la demande au-delà de cette « vitesse limite » rencontre inévitablement une contrainte d’offre susceptible de pousser les prix à la hausse. C’est aux gouvernements et non à la BCE qu’il revient de prendre des initiatives pour relâcher les contraintes qui pèsent sur l’offre. Ce défi ne relève pas de la politique conjoncturelle, mais d’un ensemble de mesures structurelles portant sur la recherche, l’innovation, l’enseignement supérieur, le fonctionnement des marchés du travail et des biens et services. Il est donc trop facile de s’en prendre à la BCE, dont le mandat exclusif est de préserver la stabilité des prix. Il n’est pas sûr qu’un élargissement de ce mandat changerait la situation économique de la zone euro.
Pour autant, dans le court terme, la conjoncture a aussi son importance, et il n’y aurait pas de raison de contraindre indûment la demande. Il ne faut donc pas s’arque bouter sur un approche dogmatique de la stabilité des prix, d’autant plus que ce n’est pas tant le niveau d’inflation qui pose problème que le risque d’enclencher une spirale inflationniste. Ce risque me semble aujourd’hui limité, au vu du ralentissement probable de l’économie mondiale et de la hausse de l’euro.